Foule intelligente

Cronos ou le temps qui dévore

janvier 16, 2009 · Laisser un commentaire

Les dieux grecs sont très humains, finalement trop humains.

Faillibles, colériques, jaloux, impulsifs, irrationnels, immatures.

Kronos qui dévore ses enfants car il craint d’en être détrôné comme d’ailleurs beaucoup de princes craignent, un jour, d’être détrônés par leurs fils. Kronos devient alors Cronos, le temps.  Le temps dévore tous ceux qui sortent de lui,  le temps mange ses enfants…

 LEsprit du temps est dans l’accélération, la tentative d’élimination du critère temporel, dans la disponibilité immédiate de toutes choses. D’ailleurs, le siècle d’innovation tend bien à vouloir réduire la valeur-temps et valeur-espace à la fois. Pire encore,  notre temps, bien public par excellence, « appartient aux hommes pressés en tout : ils veulent une vitesse vulgaire partout, dans leurs relations avec autrui, leurs plaisirs, leurs quêtes intellectuelles ou spirituelles, dans l’exercice de leurs sensations, de leurs émotions ».  (M.ONFRAY, L’archipel des comètes)

A force de vouloir fuir le temps, lui échapper, ne nous choisissons nous pas une situation d’effroi face à l’avenir ? Le roi vieillissant, assassinant ses fils, ne craint-il pas son sort  pourtant inéluctable ? La pulsion de mort est là, comme prophétie auto-réalisatrice de notre peur de l’incertain.  L’écologie, nous apprend à quel point notre rapport à notre Terre, source de vie, est biaisé par notre arrogance, notre volonté d’accumuler, de détruire, de posséder avant notre fin. Mais le temps ne finit-il pas toujours par nous rattraper, nous avaler sans jamais nous recracher ?

Faut-il y déceler une perte généralisée du désir, le besoin d’un désir instantané et indolore pour faire passer cette angoisse éternelle de ne pas être un dieu se nourrissant du nectar d’ambroisie ou plutôt ne faudrait-il pas affirmer notre fin comme le recommencement de toutes choses, comme un dernier sourire lancé aux dieux ?

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Déterminisme et Génétique

juin 30, 2008 · Un commentaire

L’intitulé de mon article pose le problème, peut on réellement parler de déterminisme génétique en terme associer ou non? L’utilisation même de l’ensemble “déterminisme génétique” n’engendre-t-il pas déjà une réflexion aboutie? Si j’ai volontairement choisi de dissocier les deux termes c’est par choix, le choix de la non acceptation de la prédominance de l’idéologie scientifique sur la liberté individuelle.

Cette position me permet aussi de représenter ces deux notions d’une façon, certainement, plus objective. En effet, la difficulté d’explication du déterminisme réside dans le fait qu’il faut le comprendre à des niveaux différents. L’aurore du déterminisme, posé par les penseurs et scientifiques grecs anciens puis par ceux du siècle des Lumières, s’observe dans un univers déterminé obéissant à la loi des causes et effets.

D’une part, d’un point de vue purement physique et pour simplifié, l’illustration même du déterminisme est l’image de la boule de billard qui se déplace lorsqu’elle est heurtée par une autre boule. La trajectoire et la vitesse de la première boule nous permet de déduire avec précision quel sera le mouvement de la seconde. De nombreuses théories comme celle du chaos découlent des phénomènes de la loi des causes et effets. Cette science de l’autodétermination et la question sur la place du hasard dans l’univers peut être aborder de quatre façons distinctes: une vision astrologique dit de détermination par le ciel où les influences astrales régissent le monde des humains, une vision dite mécaniste où la détermination est basé sur les prévisions de causes observables (l’exemple des engrenages), une vision statisticienne déterminée par des causes concrètement non observables (économie, sociologie) , et une vision religieuse dit de détermination par Dieu où l’idée de prédestination domine.

D’autre part et c’est celle qui m’interpelle aujourd’hui, le déterminisme n’apparait comme problème philosophique que lorsqu’on l’applique aux êtres humains. Si nous pensons que nos corps et nos esprits fonctionnent de manière totalement organisés alors nos expériences passées expliquent notre comportement futur par la seule loi des causes et effets. En d’autres termes, en connaissant l’histoire et les antécédents d’un individu, nous serions en mesure de prédire tout ce qu’il va faire. Il va de soi que celui qui adopte ce type de raisonnement renonce à toute idée de liberté : “lui qui croit agir librement ne fait qu’ignorer les causes de ses actions”. Cette idée est souvent reprise par certains politiques pour justifier des mesures judiciaires notamment au sujet de la récidive. Cette conception de l’homme soulève de nombreuses questions sur l’existence de libre-arbitre, la liberté et la responsabilité des hommes dans leurs actions.

L’idée de faire un article mêlant déterminisme et génétique, je le dois à la lecture d’un article du Monde, que je vous invite à lire, paru le 7 juin et intitulé “Ton génome pour 1000 dollars“. Cette article parle essentiellement d’une société californienne 23andMe qui propose de décrypter le génome de ses clients en échange de 1000 dollars et d’un peu de salive , l’objectif principal avoué est, outre faire du profit, “d’organiser l’information du monde et de la rendre disponible et accessible à tous. Or le patrimoine génétique de l’humanité est de l’information pure”. L’étude de votre génome vous renseignera alors sur vos prédispositions à développer certaines maladies telles le cancer du sein, de la prostate, l’obésité, le diabète mais aussi à vous indiquer vos prédispositions génétiques à devenir dépendant à l’alcool mais aussi aux risques d’infarctus, à vos probables tendances maniaco-dépressives, à un QI potentiellement supérieur ou inférieur à la moyenne. Il est indéniable que ce type de recherche semble une solution intéressante pour de nombreux personnes souhaitant modifier leur mode de vie pour éviter de contracter une maladie. Si je n’ai réellement aucune connaissance en génétique et sur ce que peut informer notre code génétique sur notre individualité, on peut se demander légitimement ce qui me pousse à écrire cet article? L’important pour moi est d’essayer d’apporter les pistes de réflexion sur l’ampleur de la perte de conscience individuelle de sa liberté. Le déterminisme scientifique issu de la génétique est de sorte bien différent et même opposé de celui issu de nos expériences explicitées plus haut mais il conduit à la même conclusion c’est à dire la non existence d’un élément non déterminé dans un monde que l’on choisi déterminé. Le déterminisme nie la volonté et enchaine la liberté, de sorte qu’une part de soi non déterminé n’existe plus. Je cite toujours du même article : “Chez Google, je fais souvent passer des entretiens d’embauche, et la perspective d’une sélection génétique des candidats m’intéresse. Par exemple, j’aimerais savoir d’emblée qui est plutôt un meneur, et qui est un suiveur”. Cette phrase reflète bien, il me semble, l’exemple ci dessus, en effet le fait d’être un “meneur” ou un “suiveur”, en imaginant que cela existe réellement, ne dépend donc pas de notre personnalité, de nos efforts quotidiens ou de notre volonté mais bien de notre prédestination, à être l’un ou l’autre, inscrite dans les gènes… Une vision bien américaine nous dira surement si le fait d’être un “loser” ou un “winner” doit être marqué sur notre Curriculum Vitæ… De toute évidence, d’autres interrogations sont soulevées par ce type de sélection, la discrimination par les gènes pour un emploi, pour une assurance ou même pour un prêt.

Dans un genre différent, Google Health Initiative offre la possibilité de créer un carnet de santé virtuel avec un profil médical complet, un historique des traitements et surtout de la captation d’informations personnelles encore et toujours… L’objectif à long terme, une offre de médicaments spécialisée et personnalisée pour chaque patient.

L’anticipation m’a toujours fasciné et le livre “le Meilleur des mondes” d’Aldous Huxley, dans lequel la société est divisée en cinq castes; les alpha, les Bêta, les Gamma, les Delta, et les Epsilon contenant des sous castes exprimées en plus ou en moins, nous met en garde du chaos social résultant du progrès technique.

Ce qu’il nous faut? Gardez notre salive pour nos idées, nos principes et la liberté!!

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Perspectives en 2.0

juin 15, 2008 · Laisser un commentaire

Le monde du 2.0, c’est avant tout celui des réseaux, celui de la transformation du processus de création et d’accumulation des idées, des connaissances, des informations via les technologies de communication modernes telles internet, les mobiles ou encore les PDA. La notion de foule intelligente en est d’abord un élément clé puisque loin de décrire des attitudes individualistes éparpillées, elle décrit un phénomène collectif de participants actifs qui coopèrent dans un même but. Le savoir y apparait donc comme un processus continuel. Les exemples de ce type de réseaux sociaux, qu’ils soient virtuels comme Facebook, Wikipédia, MySpace, Classmates ou “matérialisés” sous la forme de manifestations et mobilisations comme les Flash mobs, se multiplient et impliquent des transformations conséquentes sur le monde culturel, social, politique et notamment économique. Ce type de réseaux engendre un espace de partage dynamique. Une sorte d’outil démocratique formidable pour communiquer, s’exprimer, s’informer ou agir mais comme le précise le pionnier de ce concept, Howard Rheingold, “une foule intelligente n’agit pas nécessairement judicieusement”, une telle foule peut aussi développer des effets négatifs à l’instar des rumeurs et amplifier les comportements moutonniers comme cela se voit régulièrement à la bourse.

Le monde économique semble, par son omniprésence dans la société, le plus soumis à d’importantes transformations. En effet et paradoxalement, les réseaux sont à la fois un ennemi et un allié de poids. Un ennemi tout d’abord car le marché est basé sur la rareté or ces communautés, pour reprendre l’expression de Bernard Maris, crée du lien et de la profusion. Un allié aussi dans le sens où les individus de ces réseaux sont plus enclin à fournir, de manière tacite puisque virtualisés par l’impression d’anonymat et de distance qu’offre un ordinateur, des informations sur leurs préférences, leurs habitudes, et leurs choix de vie d’une manière plus générale. Le rêve de toutes entreprises, le monde de l’information parfaite donnée au marché permettant l’équilibre parfait si théorique. L’information parfaite permettant la discrimination parfaite et la substitution totale du surplus du consommateur. L’exemple même est l’initiative de Facebook de ciblage publicitaire envers ses utilisateurs à l’aide de Facebook Ads. D’un manière plus inquiétante, Social Ads propose aux utilisateurs inconscients de partager les actions de son quotidien, de sa vie “réelle” telle ses achats, ses locations de vidéo ou autres informations de ce type. Tout ceci ramène à l’importance de la législation et de la présence de garde fou comme la CNIL pour prévenir la capture d’information dans ce nouveau cadre : la justice du 2.0.

Plus qu’un simple profil, votre identité numérique se forme et se complète au fil de vos connections. Le but initial de ses réseaux, basé sur la confiance, est totalement dépassé par le business qu’il engendre. Il parait évident que ces informations personnelles sont exploitables à double sens. D’une part, elles servent de base de donnée qu’une firme peut faire fructifier simplement par la revente ou la mise à disposition et d’autre part, elles identifient votre personnalité, vous “guident” dans vos choix de consommation.

Si G.Orwell nous avait mis en garde dans 1984 sur l’œil pénétrant et permanent de “Big Brother”, il faudrait maintenant penser à se prémunir des ombres des “Little Sister”, ces “Etats-Entreprises” qui par leurs tailles, leurs poids financiers et leurs positions dans la société accumulent les pouvoirs, face à des politiques publiques dépassées ou consentantes, en arguant le principe de liberté mais liberté économique évidemment… Face à l’entrée du marketing dans la politique, la question est aussi de savoir si dans le futur nous seront considérés plus comme des citoyens ou de simples consommateurs? Dans ce cadre, j’adhère, moi aussi avec ce blog, en toute conscience au système d’un réseau social et en attendant, avec humour l’apparition de “villes serveurs” capables de gérer, trier, classer et exploiter nos données de manière autonome à chacune de nos connections, rien ne vaut l’adage suivant; Vivons heureux, vivons cachés!!

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