Foule intelligente

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Perspectives en 2.0

juin 15, 2008 · Laisser un commentaire

Le monde du 2.0, c’est avant tout celui des réseaux, celui de la transformation du processus de création et d’accumulation des idées, des connaissances, des informations via les technologies de communication modernes telles internet, les mobiles ou encore les PDA. La notion de foule intelligente en est d’abord un élément clé puisque loin de décrire des attitudes individualistes éparpillées, elle décrit un phénomène collectif de participants actifs qui coopèrent dans un même but. Le savoir y apparait donc comme un processus continuel. Les exemples de ce type de réseaux sociaux, qu’ils soient virtuels comme Facebook, Wikipédia, MySpace, Classmates ou “matérialisés” sous la forme de manifestations et mobilisations comme les Flash mobs, se multiplient et impliquent des transformations conséquentes sur le monde culturel, social, politique et notamment économique. Ce type de réseaux engendre un espace de partage dynamique. Une sorte d’outil démocratique formidable pour communiquer, s’exprimer, s’informer ou agir mais comme le précise le pionnier de ce concept, Howard Rheingold, “une foule intelligente n’agit pas nécessairement judicieusement”, une telle foule peut aussi développer des effets négatifs à l’instar des rumeurs et amplifier les comportements moutonniers comme cela se voit régulièrement à la bourse.

Le monde économique semble, par son omniprésence dans la société, le plus soumis à d’importantes transformations. En effet et paradoxalement, les réseaux sont à la fois un ennemi et un allié de poids. Un ennemi tout d’abord car le marché est basé sur la rareté or ces communautés, pour reprendre l’expression de Bernard Maris, crée du lien et de la profusion. Un allié aussi dans le sens où les individus de ces réseaux sont plus enclin à fournir, de manière tacite puisque virtualisés par l’impression d’anonymat et de distance qu’offre un ordinateur, des informations sur leurs préférences, leurs habitudes, et leurs choix de vie d’une manière plus générale. Le rêve de toutes entreprises, le monde de l’information parfaite donnée au marché permettant l’équilibre parfait si théorique. L’information parfaite permettant la discrimination parfaite et la substitution totale du surplus du consommateur. L’exemple même est l’initiative de Facebook de ciblage publicitaire envers ses utilisateurs à l’aide de Facebook Ads. D’un manière plus inquiétante, Social Ads propose aux utilisateurs inconscients de partager les actions de son quotidien, de sa vie “réelle” telle ses achats, ses locations de vidéo ou autres informations de ce type. Tout ceci ramène à l’importance de la législation et de la présence de garde fou comme la CNIL pour prévenir la capture d’information dans ce nouveau cadre : la justice du 2.0.

Plus qu’un simple profil, votre identité numérique se forme et se complète au fil de vos connections. Le but initial de ses réseaux, basé sur la confiance, est totalement dépassé par le business qu’il engendre. Il parait évident que ces informations personnelles sont exploitables à double sens. D’une part, elles servent de base de donnée qu’une firme peut faire fructifier simplement par la revente ou la mise à disposition et d’autre part, elles identifient votre personnalité, vous “guident” dans vos choix de consommation.

Si G.Orwell nous avait mis en garde dans 1984 sur l’œil pénétrant et permanent de “Big Brother”, il faudrait maintenant penser à se prémunir des ombres des “Little Sister”, ces “Etats-Entreprises” qui par leurs tailles, leurs poids financiers et leurs positions dans la société accumulent les pouvoirs, face à des politiques publiques dépassées ou consentantes, en arguant le principe de liberté mais liberté économique évidemment… Face à l’entrée du marketing dans la politique, la question est aussi de savoir si dans le futur nous seront considérés plus comme des citoyens ou de simples consommateurs? Dans ce cadre, j’adhère, moi aussi avec ce blog, en toute conscience au système d’un réseau social et en attendant, avec humour l’apparition de “villes serveurs” capables de gérer, trier, classer et exploiter nos données de manière autonome à chacune de nos connections, rien ne vaut l’adage suivant; Vivons heureux, vivons cachés!!

Catégories : Economie · Sciences / Technologies · Société
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American Express Black quand tout devient enfin possible…

juin 9, 2008 · 3 commentaires

La carte privilège des privilégiés tel aurait pu être le titre de mon article. Crée en 2004, cette carte renommée American Express Centurion Card en référence à aux gradés de l’armée romaine s’impose tout d’abord par sa composition unique en titane, métal reconnu pour sa légèreté et sa solidité. Solidité effectivement mais solidité financière tout d’abord puisque la carte n’est accessible qu’à quelques riches fortunés capable de dépenser au minimum 250000$ pendant l’année et cotiser près de 2000€ à l’année. Les services annexes qu’elle fournit sont totalement dans l’esprit du probable possesseur c’est à dire “l’accès à l’inaccessible”.

Entre autres, le titulaire pourra aisément, par simple coup de fil, s’assurer une table dans les restaurants les plus prestigieux du monde quelque soit la disponibilité, assister aux événements et aux spectacles les plus demandés, se faire ouvrir les boutiques les plus huppées à n’importe quel heure ou encore des options payantes comme louer une île paradisiaque pour une semaine ou partir en jet à l’instant par exemple et tout ceci sans se soucier de la disponibilité.

L’art de vivre du Centurion souffrant de mégalomanie, c’est quelque chose tout de même…

Catégories : Société
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Quand la paralysie laisse place à la réflexion

juin 7, 2008 · Laisser un commentaire

L’apparition, il y a quelques semaines déjà, du nouveau clip de Justice à déclencher un véritable émule. Certains condamnant l’aspect esthétique ultra réaliste de la mise en scène de telles violences, d’autres criant au coup marketing. Dans ces critiques, il y a indéniablement du vrai et la présence exclusive de jeunes noirs et d’origine maghrébine rajoute une couche révoltante à l’ensemble mais une chose plus intéressante saute aux yeux après lecture de ces commentaires; la violence devenue presque base d’une société agit sur nous comme la peur et entraine une sorte de paralysie de la réflexion.

Pour commenter ce clip, il m’a semblé important de dissocier l’aspect esthétique pur de l’idée qu’il engage sans oublier que le pouvoir de l’esthétique de l’image retranscrite intensifie ou réduit le poids du message. C’est en lisant les commentaires et la nécessité pour leurs auteurs de connaitre le point de vue de Justice dans ce clip, c’est à dire stigmatisation des “jeunes des quartiers difficiles” ou critique acerbe des médias, que j’ai choisi de me demander d’une manière franche ce que j’y voyais, moi, d’instinct d’abord puis après réflexion. Comme beaucoup, je pense que l’esthétique du clip est irréprochable, réaliste à souhait et la musique imprègne totalement le spectateur qui reste figé devant tant d’incivilités, de violences faisant monter en lui un sentiment de colère, une volonté de révolte et à la fois un sentiment d’injustice. Une paralysie s’empare de nous comme le désir primaire de punir ces actes. Que faut-il voir dans ce clip n’est pas mon propos mais ce que j’y ai vu ? J’y vois d’abord un parallèle nécessaire avec leurs conditions sociales; c’est à dire accumulation de violence comme accumulation de capital. Cette analyse totalement duale et même marxiste dans un sens, je l’assume. Au fur et à mesure des images et du son, le clip diffuse une impression de pressurisation mêlée à un accroissement des violences et finissant en apothéose sur les agressions des représentants du symbole de l’ordre. Ce qui me semble important de noter relève d’une critique importante de la société comme créateur et déclencheur de violence. Nos égos sont, chaque jour, survitaminés par les publicités qui nous imposent les critères de tendances, d’esthétiques et de culture, une sorte de besoin d’imposition matérialiste naît et croît en nous, de sorte qu’il s’en suit inexorablement une perte ou au moins une déficience par substitution de surmoi c’est à dire de conscience. Sans conscience, pas de règles, pas de libre arbitre, pas d’éthique de soi. Que font ces jeunes? Il répètent ce qu’ils ont vu à la télévision, ce qui leur apparait comme normalité dans les publicités, les séries et les films. Faute d’accumuler du capital qui apparait comme soulagement et autosatisfaction de l’Homme “moderne”, ils accumulent la révolte, le déchainement de violence, la démesure de celle-ci. Le capitalisme, paradigme immuable et indépassable de notre temps serait-il entrain de s’autodétruire? Ce qui faisait ces armes en soi la violence, la peur, le dépassement de l’autre, la concurrence, les désirs artificiels semblent se retourner contre lui. La question de savoir si ce clip contribue ou non au nihilisme ambiant relève d’un avis personnel tout comme ce commentaire. La réaction immédiate d’auto défense des médias qui sont indéniablement visés dans ce clip révèle bien la situation informationnelle actuelle. Sur cette critique des médias faite par le clip, une image me semble importante tant elle révèle la position du journalisme sensationnel; elle montre un preneur de son fuir avec les délinquants comme responsable en partie de leurs actes…

Les choses qui vont à contre-courant du sens médiatique actuel se trouvent aujourd’hui tiraillées d’une part entre la censure possible mais aussi par la volonté de faire croire au coup marketing qui fait perdre toute crédibilité. Certes personne n’est dupe sur la manne financière qu’engendre ce type coup médiatique par provocation. Ceci m’amène donc à cette réflexion: En quoi les artistes de Justice s’élèveraient-ils par rapport à ces jeunes “qu’ils dénoncent peut être” ou aux médias “qu’ils critiquent peut être”? Ils usent, abusent et nourrissent ce système. “L’art de plaire est l’art de tromper” disait Vauvenargues. Personne n’est tromper, pas même moi.

Catégories : Société
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