Les dieux grecs sont très humains, finalement trop humains.
Faillibles, colériques, jaloux, impulsifs, irrationnels, immatures.
Kronos qui dévore ses enfants car il craint d’en être détrôné comme d’ailleurs beaucoup de princes craignent, un jour, d’être détrônés par leurs fils. Kronos devient alors Cronos, le temps. Le temps dévore tous ceux qui sortent de lui, le temps mange ses enfants…
L’Esprit du temps est dans l’accélération, la tentative d’élimination du critère temporel, dans la disponibilité immédiate de toutes choses. D’ailleurs, le siècle d’innovation tend bien à vouloir réduire la valeur-temps et valeur-espace à la fois. Pire encore, notre temps, bien public par excellence, « appartient aux hommes pressés en tout : ils veulent une vitesse vulgaire partout, dans leurs relations avec autrui, leurs plaisirs, leurs quêtes intellectuelles ou spirituelles, dans l’exercice de leurs sensations, de leurs émotions ». (M.ONFRAY, L’archipel des comètes)
A force de vouloir fuir le temps, lui échapper, ne nous choisissons nous pas une situation d’effroi face à l’avenir ? Le roi vieillissant, assassinant ses fils, ne craint-il pas son sort pourtant inéluctable ? La pulsion de mort est là, comme prophétie auto-réalisatrice de notre peur de l’incertain. L’écologie, nous apprend à quel point notre rapport à notre Terre, source de vie, est biaisé par notre arrogance, notre volonté d’accumuler, de détruire, de posséder avant notre fin. Mais le temps ne finit-il pas toujours par nous rattraper, nous avaler sans jamais nous recracher ?
Faut-il y déceler une perte généralisée du désir, le besoin d’un désir instantané et indolore pour faire passer cette angoisse éternelle de ne pas être un dieu se nourrissant du nectar d’ambroisie ou plutôt ne faudrait-il pas affirmer notre fin comme le recommencement de toutes choses, comme un dernier sourire lancé aux dieux ?
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