Foule intelligente

Déterminisme et Génétique

juin 30, 2008 · Un commentaire

L’intitulé de mon article pose le problème, peut on réellement parler de déterminisme génétique en terme associer ou non? L’utilisation même de l’ensemble “déterminisme génétique” n’engendre-t-il pas déjà une réflexion aboutie? Si j’ai volontairement choisi de dissocier les deux termes c’est par choix, le choix de la non acceptation de la prédominance de l’idéologie scientifique sur la liberté individuelle.

Cette position me permet aussi de représenter ces deux notions d’une façon, certainement, plus objective. En effet, la difficulté d’explication du déterminisme réside dans le fait qu’il faut le comprendre à des niveaux différents. L’aurore du déterminisme, posé par les penseurs et scientifiques grecs anciens puis par ceux du siècle des Lumières, s’observe dans un univers déterminé obéissant à la loi des causes et effets.

D’une part, d’un point de vue purement physique et pour simplifié, l’illustration même du déterminisme est l’image de la boule de billard qui se déplace lorsqu’elle est heurtée par une autre boule. La trajectoire et la vitesse de la première boule nous permet de déduire avec précision quel sera le mouvement de la seconde. De nombreuses théories comme celle du chaos découlent des phénomènes de la loi des causes et effets. Cette science de l’autodétermination et la question sur la place du hasard dans l’univers peut être aborder de quatre façons distinctes: une vision astrologique dit de détermination par le ciel où les influences astrales régissent le monde des humains, une vision dite mécaniste où la détermination est basé sur les prévisions de causes observables (l’exemple des engrenages), une vision statisticienne déterminée par des causes concrètement non observables (économie, sociologie) , et une vision religieuse dit de détermination par Dieu où l’idée de prédestination domine.

D’autre part et c’est celle qui m’interpelle aujourd’hui, le déterminisme n’apparait comme problème philosophique que lorsqu’on l’applique aux êtres humains. Si nous pensons que nos corps et nos esprits fonctionnent de manière totalement organisés alors nos expériences passées expliquent notre comportement futur par la seule loi des causes et effets. En d’autres termes, en connaissant l’histoire et les antécédents d’un individu, nous serions en mesure de prédire tout ce qu’il va faire. Il va de soi que celui qui adopte ce type de raisonnement renonce à toute idée de liberté : “lui qui croit agir librement ne fait qu’ignorer les causes de ses actions”. Cette idée est souvent reprise par certains politiques pour justifier des mesures judiciaires notamment au sujet de la récidive. Cette conception de l’homme soulève de nombreuses questions sur l’existence de libre-arbitre, la liberté et la responsabilité des hommes dans leurs actions.

L’idée de faire un article mêlant déterminisme et génétique, je le dois à la lecture d’un article du Monde, que je vous invite à lire, paru le 7 juin et intitulé “Ton génome pour 1000 dollars“. Cette article parle essentiellement d’une société californienne 23andMe qui propose de décrypter le génome de ses clients en échange de 1000 dollars et d’un peu de salive , l’objectif principal avoué est, outre faire du profit, “d’organiser l’information du monde et de la rendre disponible et accessible à tous. Or le patrimoine génétique de l’humanité est de l’information pure”. L’étude de votre génome vous renseignera alors sur vos prédispositions à développer certaines maladies telles le cancer du sein, de la prostate, l’obésité, le diabète mais aussi à vous indiquer vos prédispositions génétiques à devenir dépendant à l’alcool mais aussi aux risques d’infarctus, à vos probables tendances maniaco-dépressives, à un QI potentiellement supérieur ou inférieur à la moyenne. Il est indéniable que ce type de recherche semble une solution intéressante pour de nombreux personnes souhaitant modifier leur mode de vie pour éviter de contracter une maladie. Si je n’ai réellement aucune connaissance en génétique et sur ce que peut informer notre code génétique sur notre individualité, on peut se demander légitimement ce qui me pousse à écrire cet article? L’important pour moi est d’essayer d’apporter les pistes de réflexion sur l’ampleur de la perte de conscience individuelle de sa liberté. Le déterminisme scientifique issu de la génétique est de sorte bien différent et même opposé de celui issu de nos expériences explicitées plus haut mais il conduit à la même conclusion c’est à dire la non existence d’un élément non déterminé dans un monde que l’on choisi déterminé. Le déterminisme nie la volonté et enchaine la liberté, de sorte qu’une part de soi non déterminé n’existe plus. Je cite toujours du même article : “Chez Google, je fais souvent passer des entretiens d’embauche, et la perspective d’une sélection génétique des candidats m’intéresse. Par exemple, j’aimerais savoir d’emblée qui est plutôt un meneur, et qui est un suiveur”. Cette phrase reflète bien, il me semble, l’exemple ci dessus, en effet le fait d’être un “meneur” ou un “suiveur”, en imaginant que cela existe réellement, ne dépend donc pas de notre personnalité, de nos efforts quotidiens ou de notre volonté mais bien de notre prédestination, à être l’un ou l’autre, inscrite dans les gènes… Une vision bien américaine nous dira surement si le fait d’être un “loser” ou un “winner” doit être marqué sur notre Curriculum Vitæ… De toute évidence, d’autres interrogations sont soulevées par ce type de sélection, la discrimination par les gènes pour un emploi, pour une assurance ou même pour un prêt.

Dans un genre différent, Google Health Initiative offre la possibilité de créer un carnet de santé virtuel avec un profil médical complet, un historique des traitements et surtout de la captation d’informations personnelles encore et toujours… L’objectif à long terme, une offre de médicaments spécialisée et personnalisée pour chaque patient.

L’anticipation m’a toujours fasciné et le livre “le Meilleur des mondes” d’Aldous Huxley, dans lequel la société est divisée en cinq castes; les alpha, les Bêta, les Gamma, les Delta, et les Epsilon contenant des sous castes exprimées en plus ou en moins, nous met en garde du chaos social résultant du progrès technique.

Ce qu’il nous faut? Gardez notre salive pour nos idées, nos principes et la liberté!!

Catégories : Philosophie · Sciences / Technologies
Tagué : , , , , , , , , , , ,

1 réponse jusqu'à présent ↓

  • peuple désintéressé // septembre 11, 2008 à 2:10 | Répondre

    Politiquement plus engagé… il y a eu (le hasard fait bien les choses!!) un article du Monde Diplomatique dans la foulée de la publication de “ton génome pour 1000$”….

    http://www.monde-diplomatique.fr/2008/06/MANNI/15953

    Par ailleurs, il peut sembler intéressant de noter qu’au-delà de la notion de “déterminisme génétique”, nous avons la chance d’avoir élu un Président de la République qui s’inscrit totalement dans cette perspective et qui l’a fait clairement savoir en pleine période électorale au cours d’un entretien mouvementé avec le philosophe Michel Onfray :

    http://www.philomag.com/article,dialogue,nicolas-sarkozy-et-michel-onfray-confidences-entre-ennemis,288.php

    M. Sarkozy a d’ailleurs dores et déjà mis en pratique ses théories…notamment en matière pénale, sujet plus que sensible en matière de déterminisme au vu des différentes théories émises au cours du 19ème siècle (Lombroso) pour justifier la répression pénale. En effet ce sont les lois conçues par notre chère Ministre Rachida Dati relatives à la prévention de la récidive (chez les majeurs ET les mineurs, loi 10 août 2007) et à la rétention de sûreté (loi 24 février 2008). Puisque les pédophiles sont génétiquement prédisposés, il est désormais possible de les enfermer à vie à cause de leur “dangerosité”.
    Heu…. garder notre liberté????

Laisser un commentaire