L’apparition, il y a quelques semaines déjà, du nouveau clip de Justice à déclencher un véritable émule. Certains condamnant l’aspect esthétique ultra réaliste de la mise en scène de telles violences, d’autres criant au coup marketing. Dans ces critiques, il y a indéniablement du vrai et la présence exclusive de jeunes noirs et d’origine maghrébine rajoute une couche révoltante à l’ensemble mais une chose plus intéressante saute aux yeux après lecture de ces commentaires; la violence devenue presque base d’une société agit sur nous comme la peur et entraine une sorte de paralysie de la réflexion.
Pour commenter ce clip, il m’a semblé important de dissocier l’aspect esthétique pur de l’idée qu’il engage sans oublier que le pouvoir de l’esthétique de l’image retranscrite intensifie ou réduit le poids du message. C’est en lisant les commentaires et la nécessité pour leurs auteurs de connaitre le point de vue de Justice dans ce clip, c’est à dire stigmatisation des “jeunes des quartiers difficiles” ou critique acerbe des médias, que j’ai choisi de me demander d’une manière franche ce que j’y voyais, moi, d’instinct d’abord puis après réflexion. Comme beaucoup, je pense que l’esthétique du clip est irréprochable, réaliste à souhait et la musique imprègne totalement le spectateur qui reste figé devant tant d’incivilités, de violences faisant monter en lui un sentiment de colère, une volonté de révolte et à la fois un sentiment d’injustice. Une paralysie s’empare de nous comme le désir primaire de punir ces actes. Que faut-il voir dans ce clip n’est pas mon propos mais ce que j’y ai vu ? J’y vois d’abord un parallèle nécessaire avec leurs conditions sociales; c’est à dire accumulation de violence comme accumulation de capital. Cette analyse totalement duale et même marxiste dans un sens, je l’assume. Au fur et à mesure des images et du son, le clip diffuse une impression de pressurisation mêlée à un accroissement des violences et finissant en apothéose sur les agressions des représentants du symbole de l’ordre. Ce qui me semble important de noter relève d’une critique importante de la société comme créateur et déclencheur de violence. Nos égos sont, chaque jour, survitaminés par les publicités qui nous imposent les critères de tendances, d’esthétiques et de culture, une sorte de besoin d’imposition matérialiste naît et croît en nous, de sorte qu’il s’en suit inexorablement une perte ou au moins une déficience par substitution de surmoi c’est à dire de conscience. Sans conscience, pas de règles, pas de libre arbitre, pas d’éthique de soi. Que font ces jeunes? Il répètent ce qu’ils ont vu à la télévision, ce qui leur apparait comme normalité dans les publicités, les séries et les films. Faute d’accumuler du capital qui apparait comme soulagement et autosatisfaction de l’Homme “moderne”, ils accumulent la révolte, le déchainement de violence, la démesure de celle-ci. Le capitalisme, paradigme immuable et indépassable de notre temps serait-il entrain de s’autodétruire? Ce qui faisait ces armes en soi la violence, la peur, le dépassement de l’autre, la concurrence, les désirs artificiels semblent se retourner contre lui. La question de savoir si ce clip contribue ou non au nihilisme ambiant relève d’un avis personnel tout comme ce commentaire. La réaction immédiate d’auto défense des médias qui sont indéniablement visés dans ce clip révèle bien la situation informationnelle actuelle. Sur cette critique des médias faite par le clip, une image me semble importante tant elle révèle la position du journalisme sensationnel; elle montre un preneur de son fuir avec les délinquants comme responsable en partie de leurs actes…

Les choses qui vont à contre-courant du sens médiatique actuel se trouvent aujourd’hui tiraillées d’une part entre la censure possible mais aussi par la volonté de faire croire au coup marketing qui fait perdre toute crédibilité. Certes personne n’est dupe sur la manne financière qu’engendre ce type coup médiatique par provocation. Ceci m’amène donc à cette réflexion: En quoi les artistes de Justice s’élèveraient-ils par rapport à ces jeunes “qu’ils dénoncent peut être” ou aux médias “qu’ils critiquent peut être”? Ils usent, abusent et nourrissent ce système. “L’art de plaire est l’art de tromper” disait Vauvenargues. Personne n’est tromper, pas même moi.
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